HISTOIRE DU PRÉNOM
Le prénom Imeny est un nom personnel de l’Égypte ancienne, attesté principalement durant le Moyen Empire, notamment sous les XIIe et XIIIe dynasties, au cours du IIe millénaire avant notre ère.
Il apparaît dans les sources égyptiennes sous une forme généralement translittérée Jmnjj, Jmny ou Imny selon les conventions employées par les égyptologues. Une graphie hiéroglyphique attestée est :
𓇋𓏠𓈖𓇋𓇋
Le prénom est aujourd’hui rendu sous différentes formes telles que Imeny, Ameny, Ameni ou, en français, Imény et Amény. Ces différences ne correspondent pas nécessairement à des variantes utilisées par les anciens Égyptiens eux-mêmes. Elles résultent en grande partie des différentes conventions modernes employées pour vocaliser une langue dont l’écriture hiéroglyphique ne notait généralement pas les voyelles.
Imeny était particulièrement courant au Moyen Empire. Il est porté par plusieurs hauts fonctionnaires, militaires et dignitaires, et apparaît également dans la titulature royale. Des sources égyptologiques le décrivent comme l’un des noms fréquemment rencontrés durant cette période.
Le Metropolitan Museum of Art conserve notamment un anneau-scarabée de la XIIIe dynastie, daté approximativement de 1802 à 1640 avant notre ère, appartenant à un fonctionnaire nommé Ameny. Le musée possède également le cercueil d’un autre Ameny datant approximativement de 1981 à 1802 avant notre ère. Ces objets montrent que le nom était employé indépendamment par différentes personnes au cours du Moyen Empire.
Une autre attestation particulièrement importante est conservée au musée du Louvre. La stèle d’Imény, découverte à Abydos et datée du règne d’Amenemhat II, au XIXe siècle avant notre ère, appartenait à un fonctionnaire qui exerçait notamment les fonctions de contrôleur des travaux. Son nom y est inscrit en hiéroglyphes.
Imeny apparaît également comme forme courte du nom Imenemhat, égyptien Jmn-m-ḥꜣt, notamment dans le cas du gouverneur Amenemhat de Beni Hassan, appelé également Ameny. Cette utilisation explique le lien très étroit entre le prénom et le nom du dieu Imen (Amon/Amun), égyptien Jmn.
Le nom ne doit cependant pas être traduit automatiquement par « Imen est à la tête ». Cette traduction appartient au nom complet Imenemhat, Jmn-m-ḥꜣt, dont le sens est « Imen est à l’avant » ou « Imen est à la tête ». Imeny est une forme anthroponymique distincte, même lorsqu’elle est utilisée comme forme courte d’Amenemhat.
Son utilisation parmi des fonctionnaires de haut rang, des militaires, des membres de la cour et même dans la famille royale témoigne de son importance dans l’onomastique égyptienne du Moyen Empire.
Décomposition du prénom Imeny
Le prénom est généralement translittéré :
Jmnjj / Jmny / Imny
et peut être écrit :
𓇋𓏠𓈖𓇋𓇋
La première partie, Jmn, correspond à la séquence consonantique également présente dans le nom du dieu Imen (Amun/Amon), dont le nom égyptien est traditionnellement translittéré Jmn.
Les deux signes finaux correspondant à j / y participent à la formation de Jmnjj, forme que les égyptologues vocalisent conventionnellement Ameny ou Imeny.
Les Imeny célèbres
Plusieurs personnes portant ce nom sont attestées directement par les sources archéologiques de l’Égypte ancienne.
1. Imeny, contrôleur des travaux : Fonctionnaire ayant vécu sous le règne du pharaon Imenemhat II, durant la XIIe dynastie. Sa stèle, provenant d’Abydos, est aujourd’hui conservée au musée du Louvre sous le numéro E 3109. Le monument comporte notamment une inscription biographique et une date correspondant à la troisième année du règne d’Imenemhat II.
2. Imeny, général : Important officier de la XIIe dynastie, probablement actif sous Imenemhat II. Il portait notamment le titre de grand responsable des troupes et est connu grâce à plusieurs stèles provenant d’Abydos. Sa tombe a également été identifiée à Licht.
3. Imeny, vizir : Un haut fonctionnaire nommé Imeny exerça la fonction de vizir sous Imenemhat II, vers le début du XIXe siècle avant notre ère. Son nom apparaît notamment sur un fragment des annales royales découvert à Memphis.
4. La reine Imeny : Une femme portant le nom Imeny est également attestée à la fin du Moyen Empire, probablement durant la XIIIe dynastie. Elle est connue par deux scarabées et porte le titre d’épouse du roi. L’identité de son époux demeure inconnue.
Variantes CONNUES du prénom Imeny
Amuni, Aamuni, Ammuni,Amouni, Imny sont classés ici comme variantes d’Imeny.
PEUPLES
Égyptiens de l’Antiquité
Les Égyptiens de l’Antiquité vivaient principalement dans la vallée et le delta du Nil, au nord-est du continent africain. Leur territoire formait une longue oasis fluviale entourée de déserts, ouverte vers la Méditerranée, le Proche-Orient, la Nubie et l’intérieur de l’Afrique. Le rythme du Nil structurait l’agriculture, les déplacements, l’économie et une partie de la pensée religieuse.
L’histoire pharaonique couvre plus de trois millénaires et ne constitue pas une culture immobile. La langue, les pratiques religieuses, l’organisation politique et les usages sociaux ont évolué entre l’Ancien Empire, le Moyen Empire, le Nouvel Empire et les périodes plus tardives. L’égyptien ancien appartient à la famille des langues afro-asiatiques. Il fut écrit sous plusieurs formes, notamment en hiéroglyphes, en hiératique puis en démotique. Les écritures les plus anciennes notaient surtout les consonnes, ce qui explique pourquoi la prononciation exacte de nombreux prénoms reste partiellement reconstruite aujourd’hui.
Dans la société égyptienne, le nom, rn, faisait partie intégrante de l’identité. Le même mot pouvait également être associé à l’idée de réputation. Préserver le nom d’une personne sur une stèle, une statue, une tombe ou un objet permettait de maintenir sa mémoire. À l’inverse, effacer volontairement un nom pouvait participer à la destruction symbolique de cette identité.
Les prénoms égyptiens pouvaient prendre des formes très différentes. L’analyse des noms conservés dans KUSHAWÏ reflète cette diversité :
les noms théophores font référence à une divinité et peuvent exprimer qu’une personne est aimée, donnée, protégée ou soutenue par elle. Merneptah signifie par exemple « Aimé de Ptah », tandis que de nombreux noms incorporent Amon, Rê, Sobek, Khonsou, Bastet, Neith ou d’autres divinités.
les noms liés à une qualité ou à un souhait peuvent évoquer la beauté, la force, la santé, la vie ou la paix. Dans le catalogue KUSHAWÏ, Nefertari renvoie à la beauté et Néferhotep associe l’idée de perfection à la paix.
les noms familiaux ou liés à la naissance peuvent évoquer la mère, le père, la filiation, la venue au monde ou une circonstance particulière de la naissance.
les noms royaux demandent une attention particulière. Le nom reçu à la naissance n’était pas nécessairement le seul nom porté par un souverain. Au cours de l’histoire égyptienne, la titulature royale s’est développée jusqu’à comprendre plusieurs noms, dont un nom de trône adopté lors de l’accession au pouvoir.
Une même personne pouvait porter plusieurs noms. Les sources de l’Ancien Empire montrent des individus avec deux, parfois trois noms. Un nom plus court ou familier pouvait coexister avec un nom plus formel, et certains noms pouvaient être ajoutés ou modifiés au cours de la vie. La répétition des noms à l’intérieur des familles est également bien attestée.
Donation du prénom
Contrairement à certaines sociétés africaines dont la cérémonie de nomination est précisément décrite, aucune cérémonie universelle de donation du prénom n’est actuellement attestée pour l’ensemble de l’Égypte ancienne. Les sources archéologiques documentent des pratiques protectrices autour de la grossesse et de la naissance, mais elles ne permettent pas de reconstruire un rituel standard de nomination valable pour toutes les époques et toutes les régions.
Les textes fournissent néanmoins un indice important sur l’attribution du nom. Une étude des pratiques d’identification égyptiennes indique que le nom de naissance était probablement donné par la mère, selon l’image de la mère qui « met au monde l’enfant et son nom », puis proclamé par le père. Les spécialistes soulignent toutefois que la formule exacte, le moment et le contexte de cette proclamation restent inconnus.
Dans les Textes des Sarcophages, une formule décrit également l’enfant comme ayant été façonné par son père et nommé par sa mère. Cette association montre que nommer pouvait être pensé comme un acte de création. Le nom n’était donc pas seulement une étiquette administrative : le prononcer établissait l’identité de l’individu.
Le choix pouvait s’appuyer sur plusieurs logiques :
la relation au divin, avec des noms invoquant ou mentionnant une divinité ;
la famille et la filiation, avec la reprise de noms appartenant à des parents ou à des générations précédentes ;
les circonstances de la naissance, le sexe de l’enfant, son origine, une réaction de la mère ou un événement particulier ;
un souhait ou une qualité, comme la vie, la force, la beauté, la santé, la paix ou la protection ;
le roi ou le pouvoir, certains noms intégrant le nom d’un souverain ou exprimant un lien avec lui.
À certaines périodes, la transmission familiale du nom est clairement attestée. Au Ier millénaire avant notre ère, il était notamment fréquent de donner à un enfant le nom d’un grand-parent. Lorsque plusieurs membres d’une famille portaient le même nom, des précisions comme « l’aîné » ou « le jeune » pouvaient être ajoutées pour les distinguer.
La naissance elle-même pouvait être entourée de pratiques religieuses et protectrices. Des briques de naissance, des objets aujourd’hui appelés « baguettes de naissance », des incantations et des représentations de divinités protectrices sont attestés. Cependant, ces objets ne doivent pas être présentés comme les accessoires d’une cérémonie de nomination : les égyptologues ne connaissent pas avec certitude leur usage précis, et les preuves d’un rite formel de nomination restent insuffisantes.
Pour KUSHAWÏ, il est donc plus rigoureux de parler d’attribution du prénom que de reconstituer une cérémonie unique. Ce que les sources montrent avec certitude, c’est l’importance exceptionnelle du nom dans l’identité, la mémoire familiale, la religion et la survie symbolique de la personne.
Sources : Arlette David, « Identification in Ancient Egypt from the Old Kingdom to the End of the New Kingdom », 2014 ; Günter Vittmann, « Personal Names: Function and Significance » et « Personal Names: Structures and Patterns », UCLA Encyclopedia of Egyptology, 2013 ; UCL Digital Egypt, ressources sur l’enfance, la langue et la titulature royale ; Steffie van Gompel, « Egyptian Names », Cambridge University Press, 2024 ; The Metropolitan Museum of Art, The Art of Ancient Egypt: A Resource for Educators.
