HISTOIRE DU PRÉNOM
Le prénom Abena appartient au système traditionnel des noms calendaires des peuples Akan, principalement présents au Ghana et en Côte d’Ivoire. Il est donné aux filles nées un mardi.
Chez les Akan, le jour de naissance peut jouer un rôle important dans l’identité personnelle. À chacun des sept jours de la semaine correspondent traditionnellement un nom masculin et un nom féminin. Ainsi, une fille née un lundi peut être appelée Adwoa, une fille née un mercredi Akua, une fille née un vendredi Afua, tandis qu’une fille née un mardi reçoit le nom Abena.
Ce système ne fonctionne pas simplement comme un calendrier administratif. Les études sur les noms akan montrent que les noms de naissance sont intégrés à une conception plus large de l’identité, de la famille et du rapport au jour de naissance. Ils peuvent coexister avec d’autres prénoms personnels, familiaux, religieux ou circonstanciels.
Abena est particulièrement associé aux formes twi de l’akan. Les sources linguistiques documentent également la forme Abenaa, tandis que certaines communautés fante utilisent la forme Araba pour une fille née le même jour. Ces différences rappellent que l’akan regroupe plusieurs variétés linguistiques et traditions régionales.
Le prénom a traversé les générations et demeure aujourd’hui immédiatement reconnaissable au Ghana. Il peut apparaître seul ou comme l’un des différents prénoms d’une personne. Sa signification reste directement liée au calendrier de naissance : « née un mardi ».
Décomposition du prénom ABENA
Abena n’est pas un prénom composé que l’on peut décomposer de manière fiable en plusieurs petits mots ayant chacun une traduction indépendante. Il appartient au système akan des noms de jour, dans lequel la forme entière identifie traditionnellement une fille née un mardi.
La correspondance est claire dans les tableaux linguistiques akan : le nom masculin du mardi est généralement Kwabena, tandis que le nom féminin est Abena ou Abenaa selon les conventions et les variétés.
On retient donc pour Abena la signification « née un mardi » sans proposer une segmentation artificielle du prénom. Le sens provient de sa fonction dans le système calendaire akan plutôt que d’une addition de morphèmes traduisibles séparément.
Les ABENA célèbres
1. Abena P. A. Busia est une universitaire, écrivaine et spécialiste des littératures africaines et de la diaspora. Professeure émérite à Rutgers University, elle a notamment codirigé le projet Women Writing Africa, vaste entreprise éditoriale consacrée aux écrits des femmes africaines.
2. Abena Dove Osseo-Asare est une historienne ghanéenne de la médecine et des sciences, professeure à l’Université du Texas à Austin. Ses recherches portent notamment sur l’histoire des sciences en Afrique, les plantes médicinales et le programme nucléaire du Ghana. Son ouvrage Bitter Roots a reçu le Melville J. Herskovits Prize en 2015.
Variantes CONNUES du prénom ABENA
Abena est l’une des graphies les plus largement utilisées du prénom féminin akan du mardi.
Abenaa est une autre forme documentée dans les sources linguistiques akan, notamment pour le twi. Elle représente le même nom calendaire féminin.
Araba est une forme fante documentée pour une fille née un mardi. Elle appartient au même système de noms calendaires, mais reflète une tradition linguistique régionale différente.
Kwabena n’est pas une variante féminine d’Abena. Il s’agit du nom masculin correspondant au mardi dans le système akan.
PEUPLES
Akan
Les Akan forment un vaste ensemble ethnolinguistique d’Afrique de l’Ouest, établi principalement au Ghana et dans plusieurs régions de Côte d’Ivoire. Le terme Akan recouvre différentes communautés et traditions régionales, notamment les Asante, Akuapem, Akyem, Fante, Bono, Agona et plusieurs groupes apparentés. Les variétés akan les plus connues comprennent l’Asante, l’Akuapem et le Fante, auxquelles s’ajoutent d’autres variétés régionales.
Dans les sociétés akan, le prénom est bien plus qu’une simple étiquette. Les travaux d’onomastique montrent que les noms fonctionnent comme de véritables marqueurs sociaux et culturels. Ils peuvent indiquer le jour de naissance, rappeler une histoire familiale, une circonstance particulière, une croyance religieuse, une position sociale, un proverbe ou une aspiration.
L’une des traditions les plus connues est celle des noms de jour. Une fille ou un garçon peut recevoir un nom correspondant au jour de la semaine où il ou elle est né(e). Les formes les plus répandues en twi sont :
Dimanche : Kwasi pour un garçon, Akosua pour une fille.
Lundi : Kwadwo pour un garçon, Adwoa pour une fille.
Mardi : Kwabena pour un garçon, Abena pour une fille.
Mercredi : Kwaku pour un garçon, Akua pour une fille.
Jeudi : Yaw pour un garçon, Yaa pour une fille.
Vendredi : Kofi pour un garçon, Afua pour une fille.
Samedi : Kwame pour un garçon, Ama pour une fille.
Ces formes varient selon les dialectes et les communautés. Le Fante, par exemple, peut employer des formes différentes ou parallèles comme Kwesi, Kojo, Kobina, Ekua, Efua ou Araba. Les différences régionales ne doivent donc pas être considérées comme des fautes, mais comme l’expression de la diversité interne du monde akan.
Les noms de jour ne représentent qu’une partie du système. Les recherches de Kofi Agyekum distinguent également des noms familiaux, des noms liés aux circonstances de naissance, des noms théophores, des noms faisant référence à la flore ou à la faune, des noms proverbiaux, des noms de parenté, des noms de fonction et d’autres catégories encore. Ainsi, un individu peut porter plusieurs noms qui racontent différents aspects de son identité.
Dans plusieurs descriptions du système akan, le nom de jour est complété par un nom transmis par la famille, souvent choisi dans le réseau paternel ou en hommage à une personne respectée. Les pratiques varient cependant selon les sous-groupes, les lignages, la religion et l’histoire familiale.
Donation du prénom
La cérémonie traditionnelle de nomination est couramment appelée Abadinto en Asante Twi. Elle est également décrite en anglais comme une outdooring ceremony, c’est-à-dire une cérémonie au cours de laquelle le nouveau-né est présenté publiquement à sa famille et à la communauté.
Dans de nombreuses descriptions akan, l’Abadinto a lieu le huitième jour après la naissance. Le bébé a traditionnellement passé ses premiers jours à l’écart de la vie publique, puis la cérémonie marque son entrée symbolique dans la famille et dans la communauté. Ce calendrier est bien documenté, mais certaines pratiques peuvent varier selon les familles, les régions et les appartenances religieuses.
Le jour de la cérémonie, le prénom est annoncé publiquement devant les parents, les aînés et les proches. La nomination ne sert pas uniquement à identifier l’enfant : elle officialise son appartenance sociale et relie le nouveau-né à son histoire familiale.
Un rite particulièrement documenté utilise de l’eau et une boisson alcoolisée. Un aîné touche symboliquement les lèvres de l’enfant avec les deux liquides en répétant une formule qui lui enseigne à appeler l’eau « eau » et la boisson « boisson ». Le geste transmet une leçon de vérité et d’honnêteté : l’enfant est invité à dire les choses telles qu’elles sont, quelles que soient les circonstances.
Dans certaines communautés, des prières, bénédictions et libations peuvent accompagner la cérémonie. Les objets utilisés, la personne qui officie et l’ordre exact des gestes ne sont pas identiques partout. Les pratiques contemporaines peuvent également intégrer des éléments chrétiens ou musulmans aux traditions familiales akan.
La nomination reflète donc plusieurs dimensions à la fois. Le jour de naissance peut donner un premier nom, tandis qu’un nom familial ou circonstanciel inscrit l’enfant dans une lignée ou rappelle une histoire particulière. Donner un prénom revient ainsi à situer l’enfant dans le temps, dans sa famille et dans la communauté.
Sources : Kofi Agyekum, « The Sociolinguistics of Akan Personal Names », Nordic Journal of African Studies, 2006 ; Olive Akpebu Adjah, « What is in a name? Ghanaian Personal Names as Information Sources », African Research and Documentation, 2022 ; Akwasi Arko-Achemfuor, « Naming of children and meaning of names among the Akan of Ghana », Southern African Journal for Folklore Studies, 2018 ; travaux de l’Université du Ghana sur l’Abadinto et les rites symboliques de nomination ; ressources linguistiques sur les variantes twi et fante.
