HISTOIRE DU PRÉNOM
Historiquement, Foena appartient à l’onomastique phrastique et spirituelle du peuple Ewe (sud du Ghana, Togo, sud du Bénin).
Chez les Ewe, le prénom n’est pas un simple nom, mais une phrase porteuse de sens, liée à la naissance, à la filiation et au monde invisible.
Le terme Fo désigne les ancêtres, piliers fondamentaux de la société ewe. Les ancêtres ne sont pas considérés comme morts, mais comme des présences actives, intermédiaires entre les vivants et le principe créateur (Mawu). Ils protègent, corrigent, guident et bénissent la lignée.
Dans cette vision du monde, dire qu’un enfant est un don des ancêtres revient à reconnaître :
la continuité du lignage,
la bienveillance du monde invisible,
la réparation ou la bénédiction accordée à une famille.
Ainsi, donner le prénom Foená à un enfant revient à affirmer :
« Les ancêtres ont donné » ou de façon implicite : « Cet enfant est un don des ancêtres »
Foena est donc un prénom de reconnaissance, de gratitude et d’ancrage ancestral, souvent attribué à un enfant :
né après une période difficile,
venu restaurer une lignée,
ou perçu comme porteur d’une mission familiale ou spirituelle.
Comme d’autres prénoms ewe phrastiques (Mawuena : Dieu a donné, Foɖome : l’ancêtre protège, Foɖevi : enfant de l’ancêtre), Foéná exprime un rapport direct entre la naissance, les ancêtres et l’équilibre du monde.
Aujourd’hui, Foena demeure utilisé parmi les communautés ewe du :
Ghana (Volta Region),
Togo,
sud du Bénin.
Le prénom reste essentiellement intragroupe, peu diffusé hors de l’aire ewe, précisément parce qu’il repose sur une conception spirituelle spécifique du lignage et des ancêtres. Il n’est pas un prénom décoratif : son usage implique une reconnaissance symbolique forte.
Décomposition du prénom Foena
Foéná est une phrase nominalisée, conforme à la grammaire ewe :
Fo → ancêtre, esprit ancestral, aïeul fondateur
ena → verbe accompli signifiant « a donné », « a offert »
Structure :
Fo + ena → Foena
Traduction littérale :
« L’ancêtre a donné »
Prononciation approximative : [fó.è.ná]
Contrairement à de nombreux prénoms occidentaux, Foena n’est pas un lexème nominal isolé, mais une formule complète, linguistiquement et symboliquement cohérente.
Les Foena célèbres
Adaeze Yobo (née Igwe) : ancienne Miss Nigeria (2008), philanthrope et épouse de l’ancien capitaine de l’équipe nationale de football, Joseph Yobo.
Princess Adaeze Oreh : médecin et spécialiste en santé publique au Nigeria.
Adaeze Onwumere : athlète olympique nigériane (équipe féminine de bobsleigh, JO 2018).
Ces femmes reflètent bien la symbolique du nom : leadership, excellence et noblesse d’esprit.
Variantes CONNUES du prénom FOena
Sources
Fiawoo, C. M., The Ewe People (International African Institute, 1959)
Westermann, D., Ewe Grammar (Oxford University Press, 1930)
Ansre, G., The Tonal Structure of Ewe (University of London, 1961)
Ameka, F. & Dakubu, M., Aspect and Modality in Kwa Languages (John Benjamins, 2008)
PEUPLES
Eʋevi ( Éwé ) :
Le peuple Eʋevi (ou Éwé, orthographié Eʋe dans leur langue) est l’un des grands peuples de la côte ouest-africaine, installé principalement au sud du Togo, au sud-est du Ghana et dans certaines zones du sud du Bénin. Leur langue, l’éwé (Eʋegbe), appartient à la branche kwa des langues nigéro-congolaises et est l’une des plus étudiées d’Afrique de l’Ouest. D’après la tradition orale, les Éwé seraient originaires d’un ancien royaume appelé Notsie (ou Nɔtsie), dans l’actuel Togo central, d’où ils se seraient dispersés sous la conduite légendaire du roi Agokoli. Ce peuple, à forte cohésion communautaire, a développé une culture spirituelle et symbolique raffinée où chaque acte social ( naissance, nom, mariage, mort ) relie l’individu à la communauté, aux ancêtres et à Dieu (Mawu), considéré comme l’Être suprême et bienveillant.
Chez les Éwé, la donation du prénom n’est jamais arbitraire. Elle se fait généralement dans les sept jours suivant la naissance, lors d’une petite cérémonie familiale appelée Dɔɖowoɖo (célébration du nom). Le choix du prénom repose sur plusieurs critères : le jour de naissance, les circonstances de la venue au monde, le rang dans la fratrie, ou une expérience spirituelle vécue par les parents. Il existe ainsi des prénoms liés au jour (Kofi pour un garçon né un vendredi, Ama pour une fille née un samedi), des prénoms circonstanciels (Senyo : « il est bienvenu », Dzigbodi : « la patience est la source du bonheur ») et des prénoms théophores comme Mawuéná : « don de Dieu », qui expriment la gratitude envers la divinité créatrice. Le nom attribué détermine l’identité spirituelle de l’enfant, sa place dans la société et son lien avec la famille étendue.
Ce système de nomination, attesté par les linguistes Diedrich Westermann (1905), A.S. Duthie (1996) et Felix Ameka (2002), montre que chez les Éwé, le prénom n’est pas qu’un mot : c’est un destin. Chaque nom porte une mémoire, un message et une bénédiction, rappelant que l’existence humaine est un dialogue permanent entre l’individu, les ancêtres et Mawu, source de toute vie.










