HISTOIRE DU PRÉNOM
Le prénom Ibaru appartient à l’histoire royale du royaume de Koush, en Nubie, au cours de la période où les souverains koushites étendirent leur pouvoir sur l’Égypte et formèrent la XXVe dynastie. Contrairement à de nombreux noms antiques dont l’existence ne repose que sur des rapprochements incertains, Ibaru est directement attesté par plusieurs documents historiques.
La porteuse la mieux documentée du nom est la reine Ibaru (Abar), qui vécut au VIIIᵉ siècle avant notre ère. Les inscriptions la présentent comme la mère de Taharqa, l’un des souverains les plus connus de la XXVe dynastie. Elle était également apparentée au roi Alara, figure importante des débuts de la monarchie napatéenne, et elle est généralement considérée comme l’une des épouses du roi Piye.
Ibaru n’est pas connue par une seule mention isolée. Son nom apparaît dans plusieurs lieux majeurs du monde koushite et égyptien. Elle est attestée à Kawa, au Soudan actuel, dans les inscriptions relatives à Taharqa, ainsi qu’à Gebel Barkal, grand centre religieux du royaume de Koush. Son nom est également documenté à Sanam et sur une stèle découverte à Tanis, dans le delta du Nil. Cette dispersion des attestations témoigne de son importance au sein de la famille royale.
Les titres attribués à Ibaru montrent son rang élevé. Les sources la qualifient notamment de « mère du roi », de « sœur du roi », de « dame des Deux Terres », de « grande de louanges » et de « douce d’amour ». Ces titres appartiennent au vocabulaire de la royauté de cette période et soulignent son intégration dans l’idéologie monarchique koushite et égyptienne.
L’histoire d’Ibaru se situe donc à la rencontre de deux espaces politiques et culturels étroitement liés : la Nubie koushite et l’Égypte pharaonique. Les souverains de Napata adoptèrent et réinterprétèrent de nombreuses formes de la royauté égyptienne, tout en conservant leurs propres lignages, centres religieux et traditions.
Le sens lexical exact d’Ibaru n’est toutefois pas établi avec certitude. Les sources permettent d’identifier la personne, ses titres et sa place dans la dynastie, mais elles ne fournissent pas une traduction sûre de son nom.
Décomposition du prénom IBARU
La documentation égyptologique moderne transcrit généralement le nom sous la forme Ibaru. Dans une publication de l’Institut français d’archéologie orientale, le nom est rendu par la translittération consonantique ʿbr, suivie de la lecture Abar.
Cette translittération ne doit pas être confondue avec une décomposition étymologique. Les signes consonantiques permettent de représenter la forme écrite du nom, mais ils ne donnent pas automatiquement sa traduction ni la vocalisation exacte employée par les locuteurs de l’époque.
Les lectures alternatives, Abiru et Abar, ont également été discutées dans la littérature égyptologique. Elle illustre les difficultés de la restitution des noms anciens lorsque les systèmes d’écriture ne notent pas toutes les voyelles et que différents chercheurs ont utilisé des conventions de transcription différentes.
À ce jour, aucune analyse suffisamment solide ne permet de diviser Ibaru en plusieurs éléments, chacun ayant un sens démontré.
Les Ibaru célèbres
1. La reine Ibaru (Abar) est la porteuse historique la plus importante de ce nom. Reine koushite de la XXVe dynastie, elle est connue comme la mère du pharaon Taharqa et comme une proche parente de la dynastie issue d’Alara. Son nom et ses titres apparaissent dans plusieurs inscriptions provenant du Soudan et d’Égypte.
À Gebel Barkal, Ibaru apparaît dans un contexte royal aux côtés de son fils Taharqa. Elle est également mentionnée dans les textes de Kawa, où la généalogie maternelle du roi joue un rôle important dans l’affirmation de sa légitimité. Sa présence dans ces monuments fait d’elle l’une des femmes de la famille royale koushite les mieux attestées de cette période.
Aucune autre personnalité historique portant exactement le prénom Ibaru n’a actuellement été ajoutée à cette section sans documentation suffisamment précise. Le nom demeure donc, avant tout, associé à cette reine de l’époque napatéenne.
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Variantes CONNUES du prénom Ibaru
Abar est la forme la plus couramment employée dans les ouvrages modernes pour désigner cette reine koushite de la XXVe dynastie.
Ibaru est une autre restitution du même nom, proposée à partir de sa graphie hiéroglyphique. Une transcription publiée donne J-bꜣ-rw, vocalisée Ibaru. Cette forme ne doit toutefois pas être considérée comme la prononciation koushite originelle certaine, car les voyelles du nom ancien ne sont pas entièrement connues.
Abiru et Abale sont également attestés dans la littérature comme variantes modernes du nom. Elles ne correspondent pas nécessairement à des prénoms différents ni à des étymologies distinctes, mais à différentes façons de restituer en alphabet moderne un même nom ancien.
La translittération hiéroglyphique publiée J-bꜣ-rw représente la forme consonantique conservée dans l’écriture égyptienne.
PEUPLES
Nubiens et Koushites
La Nubie est une vaste région historique de la vallée du Nil, située au sud de l’Égypte et principalement dans l’actuel Soudan, avec une partie dans le sud de l’Égypte actuelle. Le terme ne désigne pas un peuple unique resté identique pendant des millénaires. La région a connu plusieurs sociétés et royaumes, dont Kerma, puis le royaume de Koush organisé successivement autour de Napata et de Méroé.
À partir du Ier millénaire avant notre ère, Koush devient une puissance majeure du Nil. Au VIIIe siècle av. J.-C., des souverains koushites comme Piye, Shabaka, Shebitku et Taharqa étendent leur autorité sur l’Égypte et forment la XXVe dynastie. Ils adoptent de nombreux codes pharaoniques, tout en conservant des signes distinctifs nubiens dans leurs représentations et leur culture royale.
Après la fin du pouvoir koushite en Égypte, les souverains continuent de régner depuis la Nubie. Napata demeure un centre religieux et royal majeur, notamment autour de Gebel Barkal et du culte d’Amon. Plus tard, Méroé devient le principal centre politique et funéraire du royaume. La civilisation méroïtique développe une architecture, un art, des pratiques religieuses et un système d’écriture propres.
La langue méroïtique était une langue indigène de Koush. Son écriture peut être lue phonétiquement, mais la langue reste seulement partiellement comprise. Cette limite est essentielle pour l’étude des prénoms : beaucoup de noms koushites sont attestés avec certitude, alors que leur signification complète reste inconnue.
Les prénoms présents dans KUSHAWÏ reflètent plusieurs périodes de cette histoire. Alara, Kachta, Piye, Shabaka, Shebitku, Taharqa et Tantamani appartiennent au monde napato-koushite, tandis que des noms comme Atlanersa, Anlamani, Aspelta, Nasalsa ou Amanimalel témoignent de dynasties koushites postérieures. Leur présence rappelle que les noms de Koush ne doivent pas être automatiquement interprétés à partir de l’égyptien.
Les études linguistiques sur les noms méroïtiques montrent qu’ils sont souvent complexes et composés. Ils peuvent relever d’un contenu religieux ou d’un contenu plus séculier. Certains incorporent une divinité, notamment Amon, appelé Amani dans de nombreuses formes méroïtiques. D’autres semblent évoquer une caractéristique physique, une circonstance ou une qualité individuelle.
Le monde religieux de Koush combine des traditions locales et des divinités partagées ou transformées au contact de l’Égypte. Amon de Napata occupe une place centrale dans la royauté, tandis qu’à l’époque méroïtique des divinités telles qu’Apedemak, le dieu-lion, témoignent d’un développement religieux proprement koushite.
Donation du prénom
Les sources conservées ne permettent pas de reconstituer une cérémonie standardisée de donation du prénom valable pour l’ensemble de la Nubie et du royaume de Koush. Nous ne connaissons pas avec certitude un jour fixe de nomination, une liste d’objets rituels ou une personne unique chargée de donner le nom. Pour KUSHAWÏ, il est donc plus rigoureux de parler d’attribution du prénom et des pratiques de nomination attestées par les inscriptions.
Les recherches de Claude Rilly sur les noms méroïtiques indiquent que plusieurs souverains portaient probablement un nom de naissance. Ces noms pouvaient être particulièrement longs et complexes, au point d’être presque uniques. Certains semblent avoir décrit une caractéristique physique ou une circonstance liée à l’individu.
Rilly propose par exemple que certains anciens noms de naissance royaux puissent renvoyer à des expressions comme « tu es grand » ou « tu es noir ». Pour Aspelta, une interprétation possible du nom méroïtique a également été rapprochée de l’idée « un autre est donné », peut-être en relation avec la naissance d’un autre fils. Ces interprétations sont des reconstructions linguistiques et ne doivent pas être présentées comme des traductions absolument certaines.
Chez certains souverains, le nom pouvait évoluer avec l’accession au trône. Les études méroïtiques suggèrent que le nom d’une divinité, le plus souvent Amon, pouvait être ajouté au nom royal lors du couronnement, sans que cette pratique soit systématique. Dans d’autres cas, Amon faisait déjà partie du nom de naissance. Natakamani est par exemple interprété comme un nom théophore lié à Amon.
Les inscriptions funéraires méroïtiques montrent aussi combien la filiation comptait dans l’identité. Une formule très fréquente donne le nom de la personne décédée, puis celui de sa mère et celui de son père, avant les titres et les relations familiales. La mère apparaît souvent avant le père dans cette formule. Cela documente l’importance de la parenté dans l’identification, mais ne suffit pas, à lui seul, à prouver qui choisissait le prénom au moment de la naissance.
Il faut donc distinguer nomination, filiation et titulature royale. Les textes conservés nous renseignent beaucoup mieux sur la manière dont une personne était identifiée dans la société et après sa mort que sur le déroulement concret d’une cérémonie de naissance.
Un autre point important concerne le titre kandake, souvent latinisé en « Candace ». Il s’agit d’un titre royal féminin du monde méroïtique et non, à l’origine, d’un prénom personnel. Des souveraines comme Amanirenas, Amanishakheto ou Amanitore portaient ce titre sans que « Candace » soit leur prénom.
Ainsi, dans la tradition koushite connue par l’archéologie, le nom pouvait exprimer la naissance, l’apparence, la religion, la parenté ou le pouvoir. Pour de nombreux noms, cependant, le sens demeure incertain parce que le méroïtique n’est pas encore entièrement compris. KUSHAWÏ conserve donc cette incertitude au lieu de reconstruire artificiellement des significations.
Sources : Claude Rilly, travaux sur la langue méroïtique et les noms personnels ; Rilly & de Voogt, The Meroitic Language and Writing System, Cambridge University Press ; László Török, The Kingdom of Kush ; Metropolitan Museum of Art, Heilbrunn Timeline of Art History, ressources sur la Nubie et la période koushite ; UNESCO World Heritage Centre, Archaeological Sites of the Island of Meroe ; études épigraphiques des formules funéraires méroïtiques.
