Liste de prénoms
HISTOIRE DU PRÉNOM
PEUPLES
• Musulmans d’Afrique de l’Ouest
Les musulmans d’Afrique de l’Ouest ne constituent pas un peuple unique : l’islam est pratiqué au sein de nombreuses populations de la région, notamment chez les Wolof, Peuls, Mandingues, Soninké, Songhay, Haoussa et bien d’autres. Son implantation en Afrique de l’Ouest commence progressivement entre le VIIᵉ et le XIᵉ siècle, lorsque des marchands et lettrés musulmans arabes et berbères traversent le Sahara et établissent des communautés dans le Sahel et l’ancien Bilād al-Sūdān. Certains souverains africains adoptent ensuite l’islam, tandis que marchands, savants et communautés musulmanes africaines contribuent à sa diffusion pendant les siècles suivants. Entre le XIIIᵉ et le XIXᵉ siècle, l’islam devient durablement implanté dans une grande partie de la Mauritanie, de la Sénégambie, du Mali, du Niger et des régions voisines.
La dation du prénom s’inscrit dans ce cadre islamique, mais il n’existe pas une cérémonie absolument identique dans toute l’Afrique de l’Ouest. Les traditions islamiques elles-mêmes attestent plusieurs possibilités : des récits du Sahih al-Bukhari montrent qu’un enfant pouvait recevoir son nom dès sa naissance, tandis que d’autres traditions rapportées par Abū Dāwūd et al-Tirmidhī associent le septième jour à la nomination de l’enfant, à la coupe ou au rasage de ses cheveux et à l’ʿaqīqa, sacrifice effectué à l’occasion de la naissance. Le septième jour est ainsi devenu une référence importante dans de nombreuses sociétés musulmanes.
En Afrique de l’Ouest, ces principes islamiques se sont combinés avec les traditions familiales et culturelles propres à chaque peuple. Au Sénégal, par exemple, une étude consacrée aux Lebu, population majoritairement musulmane, documente la cérémonie appelée ngénte : le prénom du nouveau-né est annoncé environ une semaine après sa naissance. Dans la communauté étudiée, le père choisit fréquemment le nom d’un parent, d’un ami ou parfois d’une personnalité religieuse ; la personne dont l’enfant reçoit le nom est appelée turandoo, et ce lien contribue à renforcer les relations familiales et sociales.
Des recherches ethnographiques menées en Gambie montrent également des cérémonies de nomination organisées environ sept jours après la naissance chez des familles mandingues et peules, connues notamment sous les noms de Kuliloo en mandinka et Pemmbungal en pulaar. L’étude souligne cependant que le déroulement de la cérémonie varie selon les groupes ethniques. Des prières islamiques, la nomination de l’enfant, le rasage de la tête et parfois un sacrifice peuvent côtoyer des pratiques familiales propres à la communauté. Les enfants peuvent recevoir un prénom islamique d’origine arabe, mais aussi conserver parallèlement des noms locaux ou familiaux.
Ainsi, dans les sociétés musulmanes d’Afrique de l’Ouest, le prénom peut remplir plusieurs fonctions simultanément : inscrire l’enfant dans la communauté musulmane, rappeler une figure religieuse, honorer un parent ou une personne respectée, et maintenir un lien avec la culture et la langue locales. C’est ce processus qui explique pourquoi certains prénoms d’origine arabe ont acquis avec le temps des formes proprement ouest-africaines.
